Samedi 29 octobre :
Et nous voilà parti à cinq, comme les Trois mousquetaires : Xavier, Tristan, Fabrice, Pelloc’h et moi vers Sainte-Lucie pour un week-end de cinq jours, car en Martinique le 1er et le 2 novembre sont des jours fériés. C’est un des nombreux avantages de la vie sous les cocotiers !
Pendant que je finis de donner des cours de maths, les garçons s’occupent de Pelloc’h : Tristan et Fabrice s’amusent follement à lui gratter la coque, recouverte d’algues et de coquillages, car il faut se faire beau pour sortir, tandis que Xavier court dans la moitié des centres commerciaux de la Martinique pour essayer de remplir la bouteille de gaz et acheter des gilets de sauvetage. Manger chaud et avoir une sécurité en cas de pépin, c’est déjà le début du confort, non ?
Bref, j’arrive à bord, vers 11h30. Tristan et Fabrice sont encore dans l’eau à finir de frotter : hardi moussaillon ! Et que ça brille ! Je range toute la bouffe dans les coffres pendant que les garçons préparent Pelloc’h pour la traversée : mettre l’annexe sur le pont, relever les ancres, hisser les voiles…
La journée s’annonce belle, le temps est ensoleillé, le vent souffle bien. Ca y est ! On est parti pour cinq jours de folie ! Nous allons assez vite, avec une moyenne de 6,5 noeuds que l’on gardera pendant toute la traversée.
A peine partis, les frotteurs demandent leur dû en ti’punch ! De toute façon, c’est l’heure de l’apéro car il est 12h passées. Après le verre, nous sommes déjà au large du rocher du Diamant. Fabrice a apporté des pastilles magiques qui ne sont pas à croquer, mais que l’on colle derrière l’oreille. A quoi cela sert ? Il parait que c’est contre le mal de mer et que c’est efficace pendant 72 heures. Je suis un peu sceptique mais je dois reconnaître que Xavier et Fabrice n’ont pas été malades. Cela dit, Tristan et moi n’avons rien pris et on n’a pas été malades non plus.
Pendant la traversée, nous discutons tous et la barre passe entre toutes les mains. Nous pouvons observer au milieu du canal des dizaines de poissons volants qui planent au dessus de la mer. La houle est d’ailleurs plus forte dans le canal que près des côtes.
A peine après avoir quitté la Martinique, nous pouvons voir Sainte-Lucie au loin, ce qui nous permet de nous orienter. Nous arrivons après 6h30 de traversée au large de l’île anglophone. Il fait nuit et nous ne connaissons pas encore la géographie de ce bout de caillou, alors nous suivons les autres bateaux qui semblent rentrer aussi.
Nous jetons l’ancre dans un parc naturel à Rodney Bay (Pigeon Island), où se trouve un restaurant très sympa en toit de chaume. Un homme vient nous voir en bateau pour nous proposer de l’aide car notre manœuvre pour arriver s’est révélée très bruyante. Il y avait des cris à bord car Xavier, qui était à la barre, criait ses ordres à Tristan, qui s’occupait des ancres. Celui-ci n’entendait rien donc Fabrice et moi devions répéter les informations ! Heureusement, malgré un style un peu hors norme, tout s’est bien passé. Et oui, Pelloc’h est un très long navire mais nous avions une organisation à toute épreuve !
Nous profitons de la vue des côtes sous un ciel étoilée, en prenant notre apéritif bien mérité. Après dîner, Xavier et Tristan veulent aller boire un verre (encore un !) au bar qui est à quelques brasses de Pelloc’h. Fabrice et moi préférons rester à bord pour lire et nous endormir tranquillement. Nous laissons les deux buveurs partir et chacun de notre côté, nous nous endormons paisiblement. J’ai d’ailleurs le privilège de dormir sous une voûte étoilée car je suis dans la couchette avant, dans laquelle j’ai ouvert le hublot. Quel délice de s’endormir ainsi !
Xavier et Tristan sont rentrés dans la nuit mais je n’ai rien entendu car je dormais profondément.
Dimanche 30 octobre :
C’est dimanche, il est très tôt car le soleil vient de se lever. Tristan est déjà debout en train de regarder des oiseaux qui plongent pour attraper leur pitance. C’est très beau à voir.
Tout le monde est levé et on constate que l’annexe prend l’eau : Elle doit avoir un trou que nous n’avons pas vu suite à sa mésaventure au ponton des Trois Ilets. Rien de grave : nous avons tout à bord pour réparer la fissure.
Comme c’est dimanche, nous avions prévu de prendre de la brioche au petit déjeuner mais celle-ci a moisi, je ne sais pas trop pourquoi. On a l’impression que la brioche a transpiré, tout comme le pain : ce n’est franchement pas appétissant. Même plus de pain sec pour le séjour, mais le rhum n’a pas souffert, c’est toujours ça !
Nous réparons l’annexe et nous nous préparons à partir vers le port de Rodney Bay pour payer la clearance car il ne faut pas oublier que nous avons quitté les eaux françaises. Nous décidons d’y aller au moteur. Et voici qu’en plein milieu de la baie, c’est la panne d’essence. C’est rageant car nous sommes très proches de l’entrée du port. Il reste l’essence du moteur de l’annexe, on l’utilise et nous arrivons à sec au ponton de Rodney Bay. Ouf ! On est à quai : Captain Xavier a encore géré la situation avec brio !
Un ami de Yoann et Sarah (les anciens propriétaires de Pelloc’h), vient prendre des nouvelles de Pelloc’h et nous en profitons pour connaître les formalités administratives pour notre séjour. On se sépare donc : Xavier et Tristan vont chercher de l’essence, Fabrice et moi allons payer la clearance et acheter du pain. Arrivés au bureau, nous apprenons cependant que ne pouvons pas remplir les papiers : c’est le « captain » qui doit les signer, Fabrice et moi nous ne sommes que du « crew ».
Les formalités réglées, nous achetons ensuite des bières locales (« Piton ») pour les hommes et du pain pour les estomacs de tous puis nous retournons voir Pelloc’h. En passant sur les quais, nous rencontrons mon professeur de Yoga, Gopan, qui nous informe de la vie festive de l’île. C’est la fête du créole et des manifestations ont lieu un peu partout dans l’île. On garde cette idée en tête pour ce soir et nous larguons les amarres à destination de Marigot Bay.
Le trajet se fait sous spi car l’allure de Pelloc’h et le vent le permettent. Malgré une belle risée, Xavier décide de garder le spi et nous faisons une pointe à 9,75 nœuds sur un surf (le record à battre du bateau !). Nous arrivons donc assez tôt dans cette anse, qui nous déçoit un peu. En effet, on nous l’avait présentée comme une pure merveille, mais nous n’avons pas aimé sa petitesse et la proximité de la mangrove dans ce lieu de mouillage. C’est très étroit, il y a de nombreux hôtels qui bordent la mer : ça sent l’escale pour touristes !
Nous nous amarrons à une ancre, puis Ebon, un Saint-Lucien, vient nous voir en bateau à moteur pour nous proposer de nous amener à une soirée donnée pour la fête du créole. Comme nous ne nous décidons pas de suite, il part mais propose de revenir un peu plus tard pour connaître notre décision.
Xavier et Tristan vont à terre chercher des sous. Fabrice et moi restons à bord pour prendre le thé. Un vendeur de bananes, debout sur une planche à voile délabrée et un bout de bois en guise de rame, vient nous voir pour qu’on lui paie le mouillage et pour qu’on lui achète ses fruits. Nous ne voulons rien et surtout nous n’avons aucune monnaie locale : il repart mais il repassera plus tard pour être payé.
Xav et Tristan reviennent de leur périple et nous quittons l’amarre pour aller jeter l’ancre un peu plus loin car personne ne veut payer. Cela n’empêche pas le vendeur de revenir pour nous proposer ses bananes que nous refusons à nouveau. Nous prenons l’apéro quand Ebon repasse pour nous emmener à la fête : nous refusons et préférons rester au calme. Il repart avec un verre de ti’punch que nous lui avons offert.
Peu après, un pêcheur vient nous voir pour nous proposer du poisson. Nous discutons avec lui pendant un « ti’moment » en lui offrant des verres qui ont l’étrange pouvoir de lui délier la langue.
Après avoir dîné tous les quatre, Tristan veut installer son hamac sur le pont pour y dormir mais comme il pleut, il renonce et nous nous couchons.
Lundi 1 novembre :
Au réveil, Xavier et Fabrice vont à terre chercher du pain et du sucre. Puis nous partons plus au sud, vers la Soufrière. Il pleut : Xavier est dans le bateau tandis que Tristan, Fabrice et moi essayons de manœuvrer dans le brouillard : on y voit rien mais on gère ! Après un grain, Xavier sort et le temps se calme tellement qu’il n’y a plus de vent. Il fait très chaud à bord : Tristan et Xavier décident de se rafraîchir en allant se baigner. Ils jettent un bout à l’eau et plongent.
Nous arrivons tant bien que mal à Soufrière et nous sommes accueilli par un marin, dont le bateau à moteur s’appelle Éthiopia. Nous échangeons quelques mots et il nous indiquent une bouée à laquelle nous pouvons nous amarrer. Il est hors de question de jeter l’ancre car il y a trop de fond au pied des montagnes. Notre marin nous aide et nous voulons le payer mais il nous propose de nous amener à terre pour aller au bureau de l’immigration, ce que nous acceptons. Nous profitons d’être dans le village pour aller visiter le volcan. Tristan négocie le prix du taxi et nous partons voir cette fameuse montagne.
Quand on arrive sur le site, on sent le soufre et cette odeur d’œuf pourri n’est pas très agréable. Un guide nous montre les bains de boue bouillonnants. Le paysage est lunaire, dépourvu de toute végétation et les arbres qui entourent le cratère sont aussi brûlés : c’est assez impressionnant ! Nous poursuivons notre périple et notre guide nous montre des fruits locaux : des goyaves, que nous connaissons déjà et un autre fruit que nous devons faire mûrir. (J’ai oublié le nom, mais c’est bon !).
Nous redescendons au village et errons un peu quand un habitant veut nous montrer les dégâts causés par le dernier cyclone. Nous le suivons donc dans les quartiers reculés : beaucoup de personnes pauvres vivant dans des abris de béton et de tôles. Vu de l’extérieur, l’aspect « bidonville » est assez désolant mais si nous portons notre regard à l’intérieur des maisons, on peut voir des carrelages propres, des meubles en très bon état, des télévisions derniers cris, des téléphones portables, etc. Quel paradoxe !
Partout où nous passons, des enfants nous crient : « white people, white people, give me your money, give me your money ». Nous sourions devant leur intérêt mais notre guide les chasse comme des mouches. Après la visite, il nous offre des fruits appelés « caramboles » en Martinique et « five fingers » ici. Nous lui donnons quelques dollars caribéens pour sa gentillesse et nous poursuivons notre ballade dans le village. Un grain assez fort nous « contraint » à nous arrêter dans un bar local pour y prendre un verre.
Nous revenons au bateau, grâce au marin de l’« Ethiopia ». Il faut que nous le payions et nous voulons lui donner quelques dollars mais celui-ci refuse, estimant que ce n’est pas assez pour l’aide à l’amarrage et la course vers le village. Il s’en va en montrant son mécontentement et ça me glace le sang car on ne sait pas ce qu’il peut faire après, en guise de « vengeance ». Entre temps, les garde-côtes arrivent pour qu’on leur paie leur dû pour la bouée mais nous n’avons pas assez de monnaie et il est évident qu’ils ne prennent pas la carte bleue !
Xavier et Tristan vont donc à terre retirer du liquide. Ils cherchent le marin pour régler notre différent avec lui mais il n’est pas là. Ils reviennent donc et nous préparons notre dîner. Les garde-côtes reviennent et cette fois, nous pouvons les régler. On leur offre un verre de ti-punch en prime car il est évident pour eux qu’un bateau venant de la Martinique a du rhum à bord. Belle image de la Martinique ! Ensuite, c’est à notre tour de nous installer pour l’apéro. Notre marin revient nous voir, on discute calmement cette fois et toute l’affaire se termine devant quelques verres de rhum et une « cigarette qui fait rire ».
Moralité : avoir toujours une bouteille de rhum à bord, quand on navigue dans les Caraïbes !
Après dîner, Xavier et moi prenons un bain de minuit. Je vais me coucher mais les garçons ont décidé de pêcher de nuit car la lumière attire des poissons. Ils n’ont réussi qu’à prendre l’éolienne… Pas évident à digérer !
Mardi 2 novembre :
Le lendemain matin, il faut démêler le fil de pêche coincé dans l’éolienne, puis nous nous dirigeons vers Rodney Bay afin de pouvoir partir tôt le lendemain vers la Martinique. Comme il fait très beau, nous faisons sécher nos affaires mouillés (serviettes de toilettes, veste de quart, tee-shirt, etc.). Tout à coup, Fabrice hurle : ma veste de quart part à l’eau ! Voilà une bonne occasion d’apprendre à faire une manœuvre d’homme à la mer ! Heureusement que la « naufragée » flotte car nous devons nous y prendre à deux fois pour la recueillir avec la gaffe, finalement sans aucun problème. Elle est juste un peu trempée et pleine de sel.
Après cet épisode mouvementé, nous sortons de la baie. Il n’y a plus de vent et le bateau recule ! En attendant que le vent se lève, nous croisons des catamarans de touriste tellement pleins que nous ne pouvons pas voir l’espace vide entre les deux coques. C’est assez impressionnant !
Le vent daigne enfin se remettre à souffler. Nous en profitons et Pelloc’h le premier, qui se couche sur son bouchain. Tristan décide de sortir les lignes de pêche mais quelle galère à nouveau ! Les fils s’emmêlent. Je les démêle une première fois mais la deuxième, c’est Tristan qui s’y colle. On n’aura pas encore de poisson ce midi !
Nous arrivons à Rodney Bay. Je décide de monter en haut du mât pour contempler Pelloc’h de haut. Xavier et Tristan me hisse au sommet, je prends des photos et les trois garçons s’amusent à balancer le navire en s’accrochant aux haubans, ce qui est très désagréable quand on est dans les hauteurs ! Ensuite, ils me font descendre et je vais directement vers la couchette avant, en passant par le hublot ouvert qu’ils referment sur moi en disant : « dans sa cage, le singe ! ».
Après, nous allons visiter pigeon island. Il y a deux pics à gravir avec un fort sur le premier. Les ascensions nous offrent une magnifique vue sur toute l’île. Tristan est un peu dégoûté car il remarque des vagues et un surfeur sur le spot : il se dit que, s’il revient, ce sera avec sa planche !
Les garçons décident de jouer au freesbee sur la plage puis d’y prendre leur douche. Je profite d’être seule à bord de Pelloc’h pour faire aussi un brin de toilette. Nous allons ensuite dîner au restaurant sur la rive, qui se trouve à quelques mètres du bateau.
C’est un endroit très accueillant, où il y a même une librairie. Les livres n’y sont pas à vendre mais s’échangent : nous pouvons déposer nos propres livres et en prendre d’autres, laissés par les visiteurs précédents. Nous dégustons un très bon et copieux repas puis allons sur la plage pour prendre un dernier verre face à Pelloc’h avant d’aller nous coucher. En plein milieu de la nuit le vent et la pluie se lèvent. Xavier décide de mettre une deuxième ancre par mesure de sécurité, les trois garçons se retrouvent donc tous sur le pont à 2h du matin.
Mercredi 3 novembre :
Au matin, quelle surprise ! Nous avons réussi à pêcher quand même, mais bien malgré nous ! Et oui, une « trompette » est tombée dans l’annexe et s’est asphyxiée. Elle a du y sauter par mégarde et n’est pas parvenue à s’en échapper.
Nous partons vers la Martinique, le cœur un peu lourd de retrouver nos boulots respectifs. Nous naviguons grand large, avec une très belle houle de 1,5 m, ce qui nous permet d’avoir une vitesse très raisonnable de 7,5 nœuds de moyenne. Nous effectuons notre retour en à peine 5h30 : bien moins de temps qu’il ne nous en a fallu pour l’aller !
Fabrice et son appareil photo se désolent de ne pas avoir vu de dauphins ou de baleines dans le canal quand, tout à coup, je crie : « des dauphins, des dauphins ». Il y en a des dizaines ! Xavier reprend alors la barre pour empanner et Fabrice plonge dans le bateau chercher son appareil. C’est incroyable il y en a tout autour de Pelloc’h : ils sont devant, derrière sur les côtés et au loin. On est dans un champ de dauphins ! Cette rencontre magique ne dure pas longtemps, mais quelle émotion !
Nous arrivons à Schoelcher pour débarquer mais le moteur de l’annexe est noyé. Fabrice amène toutes nos affaires sur la plage à la rame et nous regagnons la rive à la nage.
Oh là là ! Que d’aventures ! Tout le monde est encore sous le choc d’entendre des voitures et des téléphones portables sonner. Nous prenons conscience que nous étions déconnectés du monde pendant ces cinq merveilleux jours.
Nous garderons tous de très bons souvenirs de ces moments, notamment grâce aux photos de notre reporter Fabrice.
Il n’a qu’une chose à ajouter : « Merci Pelloc’h et à quand la prochaine navigation ? »









